Le monde change, bien sûr, mais un de ses traits ne varie pas : tant qu’il y aura des hommes, ils aspireront à autre chose. Autre chose que ce qu’ils ont déjà, autre chose que la vie de chaque jour, autre chose que la vie tout court.
Ce n’est pas assez dire que le monde réel est le meilleur des mondes possibles. Tous les autres sont imaginaires. Le nôtre, tout à coup, s’est mis à exister.
Le génie populaire le sait depuis toujours : Quand on est mort, c’est pour longtemps. Mourir c’est entrer dans l’éternité. Quelques printemps, quelques étés – et, à jamais, l’éternité. Quel est le statut de cet éternité ? Nous ne pouvons pas le savoir. Mais nous avons le droit…
Personne ne sait jamais ce qu’on gagne avec une naissance. On n’y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu’on perd.
Qu’est-ce qu’ils nous apprennent, Aragon, et Yourcenar, et Borges, et Cioran, et les autres ? Que, selon la belle formule de Pessoa, la vie ne suffit pas et que la littérature est là pour nous élever un peu au-dessus de nous-mêmes.
Tout semble se déglinguer de partout. Sa langue surtout, son bien le plus précieux, qui brillait de mille feux et régnait sur l’Europe qui régnait sur le monde, se défait de jour en jour. Confucius le savait déjà à l’époque de Platon et de Sophocle : il faut prendre garde aux …
Confucius le savait déjà à l’époque de Platon et de Sophocle : il faut prendre garde aux mots. Une langue qui faiblit, c’est un pays qui vacille.
La science d’aujourd’hui détruit l’ignorance d’hier et elle fera figure d’ignorance au regard de la science de demain. Dans le cœur des hommes il y a un élan vers autre chose dont la clé secrète est ailleurs.
Connaître, c’est connaitre par les causes. Comprendre, c’est remonter aux origine. Dans la forêt, dans la savane, sur la mer, dans les sables du désert, le commencement des commencements, le début de toutes choses est le mythee majeur des hommes.
Toute la littérature occidentale sort de l’Iliade et de l’Odyssée où sont déjà présents les thèmes de la guerre, des voyages, de l’amour, de l’amitié, des passions.
La science et la technique ont pris le pas sur la nature, sur le pouvoir, sur la poésie, sur la philosophie et sur la religion. Voilà le cœur de l’affaire. Elles ont bouleversé notre vie.
Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m’imaginais devoir vivre pour toujours, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas impossible. .. Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours …
Rien n’est plus proche de l’absolu qu’un amour en train de naître. Le stupéfiant, le merveilleux, c’est que cet absolu naît du hasard.
La vie, le cœur, le spectacle du monde, comme ils vont rire, les malins qui détestent le banal ! Je les emmerde.
De temps en temps, le soir, je sens quelque chose qui éclate en moi et qui m’inonde de bonheur. Et je le dis. J’aime ce monde où je vis, ce qu’il me procure et ce qu’il m’impose : le soleil sur la neige, le bureau le lundi, la révolution demain, les wagons-lits, les femmes du …
À l’enterrement de Malraux, on avait mis un chat près du cercueil, à celui de Defferre c’était un chapeau, moi je voudrais un crayon, un crayon à papier, les mêmes que dans notre enfance. Ni épée, ni Légion d’honneur, un simple crayon à papier.
Ce qui était bien, c’était la vie. Pas la mienne, bien sûr. La vie tout court. J’ai beaucoup aimé ce bref passage dans notre monde.
J’ai fait des choses immenses et toutes petites (. .. ) J’ai trop aimé, d’un côté, les batailles, les conquêtes, le pouvoir, de l’autre, la gaieté, la légèreté, l’ironie. J’ai eu un faible pour les livres.