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Roland Barthes

17 citations et aphorismes

Il n’y a pas, il n’y a jamais eu nulle part aucun peuple sans récit.

Innombrables sont les récits du monde. C’est d’abord une variété prodigieuse de genres, eux-mêmes distribués entre des substances différentes, comme si toute matière était bonne à l’homme pour lui confier ses écrits : le récit peut être supporté par le langage articulé, oral o…

Sous ces formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés.

Le récit commence avec l’histoire même de l’humanité ; il n’y a pas, il n’y a jamais eu nulle part aucun peuple sans récit.

Toutes les classes, tous les groupes humains ont leurs récits, et bien souvent ces récits sont goûtés en commun par des hommes de culture différentes, voire opposées.

Quoi que dit des milliards de fois, je-t-aime est hors dictionnaire : sa définition ne peut excéder l’intitulé. Il n’a de sens qu’au moment où je le prononce et il n’y a en lui aucune autre information que son dire immédiat : tout est dans le jeté. C’est une formule qui ne cor…

Celui qui ne dit pas je-t-aime (entre les lèvres duquel je-t-aime ne veut pas passer) est condamné à émettre les signes multiples, incertains, douteurs, avares, de l’amour, ses indices, ses preuves : gestes, regards, soupirs, allusions, ellipses : il doit se laisser interpréte…

Je t’aime. Il s’agit du chant ou de la profération jouissive (la jouissance ne se dit pas, elle parle) et répétée du cri d’amour. Je t’aime est jeté dehors d’un seul mouvement, d’un seul mot. On ne peut que l’apostropher, lui donner l’expansion d’un prénom.

Passé le premier aveu, je t’aime ne veut plus rien dire. Il ne fait que reprendre d’une façon énigmatique, tant elle paraît vide, l’ancien message (qui peut-être n’est pas passé par ces mots).

Je suis toujours gêné quand la parole vient en quelque sorte doubler l’écriture parce que j’ai alors une impression d’inutilité : ce que je voulais dire je ne pouvais pas le dire mieux qu’en écrivant et le redire en le redire en parlant tend à le diminuer.

La Femme commence là où finit l’Histoire.

Toute l’histoire repose, en dernière instance, sur le corps humain.

La beauté (contrairement à la laideur) ne peut vraiment s’expliquer : elle se dit, s’affirme, se répète en chaque partie du corps mais ne se décrit pas. Telle un dieu (aussi vide que lui), elle ne peut que dire : je suis celle qui suis. Il ne reste plus alors au discours qu’à …

Le souvenir est le début de l’écriture et l’écriture est à son tour le commencement de la mort (si jeune qu’on l’entreprenne).

L’amoureux qui n’oublie pas quelquefois meurt par excès, fatigue et tension de mémoire.

La langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.

Autrement dit, la beauté ne peut s’alléguer que sous forme d’une citation.