La floraison des cerisiers ne dure pas. L’essentiel on l’attrape en une seconde. Le reste est inutile.
Ce n’est pas qu’il y ait deux mondes, celui des riches et celui des pauvres. C’est bien plus fort que ça : il n’y a qu’un seul monde, celui des riches et, à côté ou en arrière, le bloc informe de ses déchets.
Oui, il me semble parfois que tous nos sentiments, même mes plus profonds, ont une part indélébile de comédie. Leur profondeur ne doit souvent rien à l’amour – et tout à l’amour propre. C’est sur nous-mêmes que nous pleurons et c’est sur nous seuls que nous aimons.
La durée amoureuse n’est pas une durée. Le temps passé dans l’amour n’est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.
Vous écrivez l’histoire de l’amour pur, l’histoire du deuil de l’amour pur. Il n’y a rien d’autre à écrire, n’est-ce pas. Il n’y a rien d’autre à chanter dans la vie que l’amour enfui dans la vie. Vous n’écrivez pas pour retenir. Vous écrivez comme on recueille le parfum d’une…
On pense qu’on a très peu de temps dans la vie, qu’un an dure comme un sourire, que dix ans passent comme une ombre et que, dans si peu de temps, il ne reste qu’une seule chance, qu’une seule grâce : devancer notre mort dans la légéreté d’un sourire, dans l’errance d’une parole.
Il a cinquante ans. C’est l’âge où un homme entreprend l’inventaire de ses biens. C’est quoi réussir sa vie. Ce qu’on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.
A vérité est sur des tréteaux dans un cercueil encore ouvert. La vérité a le visage d’un mort. C’est un visage retourné comme un gant. Un visage sans dedans ni dehors. Un mort c’est comme une personne. Un mort c’est comme tout le monde. Tout va vers ce visage, comme vers sa pe…
Il y a cette pensée naïve que l’on ne peut retenir, la pensée d’un secret. Comme une nuit où toujours revenir. Le secret est banal, illimité : on a une photo, dans une enveloppe, sur soi. On ne la regarde jamais.
Ce qui fait un couple, c’est la nourriture : un couple c’est quand deux respirent le même air, avalent la même nourriture – la même amertume ou la même joie. Et ces deux-là, qu’est-ce qu’ils mangent ? Ils mangent de la souffrance, du malheur.
La maison ce n’est pas une question de pierres mais d’amour. Une cave peut-être merveilleuse.
Le nom de famille vous tombe dessus à la naissance, de plus en plus lourd avec l’âge, comme la pluie qui bruine et s’infiltre sous les vêtements les plus épais.
Ce sourire, au début, personne pour le voir. Que deviennent les choses que personne ne voit ? Elles grandissent. Tout ce qui grandit, grandit dans l’invisible et prend, avec le temps, de plus en plus de force, de plus en plus de place.
Ah ne m’enlevez pas la poésie, elle m’est plus précieuse que la vie, elle est la vie même, révélée, sortie par deux mains d’or des eaux du néant, ruisselante au soleil.
Pour Wadsworth, de même que le diamant n’est qu’un morceau de carbone tant qu’il ne s’est pas cristallisé, l’homme n’est que néant tant que la pensée n’a pas taillé son âme comme un joyau dont chaque facette célèbre la lumière éternelle.
On commence à écrire. Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.
Expliquer n’éclaire jamais.La vraie lumière ne vient que par illuminations,explosions intérieures,non décidables.
Sur le pont Alexandre-III à Paris un marchand cuit des marrons en leur évitant de charbonner, les présente dans un cornet à double soufflet — un pour les marrons, un autre pour les épluchures, et offre en plus un rince-doigts. Par son calme et son goût démodé de la perfection,…
Le nouveau-né a devant lui une forêt en feu qu’il lui faudra traverser pieds nus.
Les livres de papier dans leurs lits de cristal dorment comme des anges. Un regard et ils sortent d’un sommeil de plusieurs siècles, fraternels, vifs encore. Je repose le livre sur son rayonnage. Je sors dans la rue en pente. La voix blessée de Marceline court comme une rivièr…
Tous les vivants sont dans mon cœur. L’auberge est vaste. Il y a même un lit et un repas chaud pour les criminels et les fous.
Les gens assis le long du couloir menant au scanner, je les reconnais au premier regard : c’est le peuple gris du quai de gare d’Auschwitz. Les hôpitaux nous mènent si loin de chez nous que notre âme peine à nous suivre.
On est comme ces enfants qui boudent et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie.
La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches d’un monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme o…
Il souffrait de mélancolie. Tu sais ce que c’est la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ? Et bien c’est ça, la lune qui se glisse devant le cœur, et le cœur qui ne donne plus sa lumière. La nuit en plein jour. La mélancolie c’est doux et noir. Il en a guéri à moitié, le noi…
Tu sais, petite, la pâtisserie et l’amour, c’est pareil – une question de fraîcheur et que tous les ingrédients, même les plus amers, tournent au délice.
Le monde entier repose sur nous. Il dépend d’un grain de silence, d’une poussière d’or- de la ferveur de notre attente. Un arbre éblouissant de vert. Un visage inondé de lumière. Cela suffit bien chaque jour. C’est même beaucoup. Voir ce qui est. Être ce qu’on voit. S’égarer d…
La nature éteint les livres. L’herbe recouvre la pensée. Le vert absorbe l’encre. On traverse une terre comme on épuise un amour. On est changé par ce qu’on traverse. Le paysage afflue dans le corps. Le vent s’engouffre dans le sang. Le ciel remonte au coeur. On regarde des oi…
Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinaires-ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main -avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleu…
Les seules prières qui montent au ciel sont les berceuses chantées par les mères au chevet de leur enfant, et les poèmes écrits au gré des siècles par quelques fous furieux.