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Patrick Modiano

32 citations et aphorismes

Nous aurons beau faire, nous ne connaîtrons jamais le repos, la douce immobilité des choses. Nous marcherons jusqu’au bout sur du sable mou­vant.

Nous vivons des temps où l’on finit par ne plus s’étonner de rien.

Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé.

Une impression m’a traversé, comme ces lambeaux de rêves fugitifs que vous essayez de saisir au réveil pour reconstituer le rêve entier.

Tout ce qu’on vit au jour le jour est marqué par les incertitudes du présent.

Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails. Plus personne avec qui en parler. Il doit bien se trouver d…

Non, je n’ai pas rêvé. La preuve, c’est qu’il me reste un carnet noir rempli de notes. Dans ce brouillard, j’ai besoin de mots précis et je consulte le dictionnaire. Note : Courte indication que l’on écrit pour se rappeler quelque chose. Sur les pages du carnet se succèdent de…

C’est émouvant d’avoir des lecteurs. C’est merveilleux, on a l’impression qu’on peut communiquer. En fait, à chaque livre, il se passe ce drôle de phénomène, un peu désagréable : quand vous l’avez fini arrive un moment brutal où le livre veut littéralement couper les ponts, se…

On ne peut pas être son propre lecteur. Votre livre terminé est devenu un objet, une sorte de magma un peu pâteux, une masse informe dont vous avez une vision de détails, mais pas de vue d’ensemble. Et c’est le lecteur qui va le révéler, comme cela se passe en photographie. Le…

J’ai toujours eu l’envie, la nostalgie de pouvoir écrire des romans policiers. Ou des séries, comme faisait Georges Simenon, qui donnait un nouveau roman tous les mois. Au fond, les thèmes principaux des romans policiers sont proches de ceux qui m’obsèdent : la disparition, le…

Le roman policier induit une sorte de réalisme, voire de naturalisme, et une structure narrative assez rigide et efficace. Il n’y a pas de place, dans sa facture, pour le côté fluide de la rêverie, il faut être un peu terre à terre, ou didactique, afin que les pièces du puzzle…

Je n’écris pas vraiment des romans au sens classique du terme, plutôt des choses un peu bancales, des sortes de rêveries, qui relèvent de l’imaginaire.

La psychanalyse ressemble parfois à un roman policier : quelque chose est caché qu’on ne veut pas, ou qu’on ne peut pas voir, alors on attend de découvrir ce qui va surgir du processus analytique. C’est assez proche de l’enquête. J’ai été frappé aussi par certaines notions com…

Écrire très jeune, c’est être soumis à une tension qu’on ne sait pas manier. Regardez ces déménageurs capables de porter sur les épaules et le dos des poids inhumains, parce qu’ils savent quelle posture leur corps doit adopter pour cela. Écrire, c’est pareil : il faut trouver …

Dans la vie, ce n’est pas l’avenir qui compte, c’est le passé.

On finit par oublier les détails de notre vie qui nous gênent ou qui sont trop douloureux. Il suffit de faire la planche et de se laisser doucement flotter sur les eaux profondes, en fermant les yeux.

À mesure que les années, passent, chaque quartier, chaque rue d’une ville, évoque un souvenir, une rencontre, un chagrin, un moment de bonheur.

Le romancier est une sorte de voyant et même de visionnaire.

J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales.

J’ai toujours envié les musiciens qui me semblaient pratiquer un art supérieur au roman.

J’ai toujours pensé que l’écriture était proche de la musique mais beaucoup moins pure que celle-ci.

Sur le point d’achever un livre, il vous semble que celui-ci commence à se détacher de vous et qu’il respire déjà l’air de la liberté.

Je crois n’avoir jamais ressenti de manière aussi forte combien un romancier est aveugle vis-à-vis de ses propres livres.

Un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère.

On dirait que les lampes se sont usées avec le temps. Mais quelquefois un déclic se produit. Hier, j’étais seul dans la rue et un voile se déchirait. Plus de passé, plus de présent, un temps immobile. Tout avait retrouvé sa vraie lumière.

Il faut se méfier de ceux qu’on appelle des témoins.

Le train glissait à travers le paysage blanc de neige. Comme il était doux, ce paysage, et amical. J’éprouvais une ivresse et une confiance que je n’avais jamais ressenties jusque-là à voir ces maisons endormies.

En écrivant ce livre, je lance des appels, comme des signaux de phare dont je doute malheureusement qu’ils puissent éclairer la nuit.

Jusque-là, tout m’a semblé si chaotique, si morcelé…Des lambeaux, des bribes de quelque chose, me revenaient brusquement au fil de mes recherches…Mais après tout, c’est peut-être ça, une vie…

Mais les dimanches, surtout en fin d’après-midi, et si vous êtes seul, ouvrent une brèche dans le temps.